Le président SALL est un redoutable exécutant qui ne s’embrasse guère des méthodes lui permettant de parvenir aux résultats escomptés. La prouesse qu’il vient de réussir n’était logée que dans les cordes des véritables disciples de Machiavel aux mains rigides qui ne tremblent pas. Sans baguette magique, il a mis Khalifa SALL et Karim WADE dans le même sac, après avoir domestiqué les hommes politiques qui se réclament de gauche et qui, depuis que le Sénégal est dit indépendant, incarnent la vie politique. Mais, en moins de sept ans, le leader de l’APR n’a pas uniquement retenu les vieux pour libérer des jeunes dont il a impulsé la carrière politique. Pendant qu’il inflige de terribles coups à la démocratie en compagnie et au nom de Moustapha NIASSE, Ousmane Tanor DIENG, des partis d’Ahmet DANSOKHO, d’Abdoulaye BATHILY, de Landing SAVANE, de Pape Demba SY etc., Abdoulaye WADE réussit à remettre les hommes de son système, son fils en premier, au cœur du jeu politique, en dépit de leur débâcle de 2012. Faut-il le rappeler, aux élections législatives de 2017, c’est la liste dirigée par l’ancien président de la République est arrivée deuxième et est la seule de l’opposition qui a réussi à mettre en place un groupe parlementaire. Macky SALL a fait de la liste des 25 personnalités de l’ancien régime, que le procureur de la CREI avait brandie en 2012, un bel enfumage. C’est maintenant aux 25 candidats recalés par le système de parrainage, sous la houlette du PDS et de ses démembrements, de créer un gigantesque nuage permettant à Macky SALL de passer entre les mailles du filet.

En moins de deux mois, Khalifa SALL pourrait être libre, tout comme Karim WADE pourrait retrouver tous ses droits et le Sénégal débarrassé de Macky SALL et de son régime. Leur soutien, réel et effectif, à l’un des trois candidats, qui se sont réellement préparés à la prochaine présidentielle, serait, à en pas douter, fatal au candidat de Benno. Point besoin de tous les prétendants recalés par le parrainage. Les camps de Khalifa SALL et de Karim WADE derrière Ousmane SONKO ou Idrissa SECK, la plus massive des fraudes ne saurait donner la victoire à Macky SALL. Pourtant, cette logique perspective n’a aucune chance de prospérer. C’est comme aux dernières législatives, quand, tenant le moyen de faire front commun contre Macky SALL, avec la coalition Manko Taxawu Senegaal, l’opposition a paradoxalement préféré aller en rang dispersé, pour des questions de positionnement, avait-on indiqué. En vérité, Oumar SARR qui disputait à Khalifa SALL la tête de liste de ladite coalition, est aux ordres d’Abdoulaye WADE qui est de connivence avec Macky SALL.

« Karim WADE ne sera pas jugé par la CREI. Je n’accepterai jamais qu’il soit condamné, où ce jour-là, Macky SALL me prendra la vie… C’est détruire sa vie, parce que s’il fait un mois de prison, même s’il est gracié, il ne sera plus accepté dans le milieu financier. C’est pourquoi la condamnation de Karim, je ne l’accepterai jamais. Surtout venant de la CREI ». C’est Abdoulaye WADE qui tenait ces propos à la place de l’Obélisque, devant des milliers de militants libéraux et de Sénégalais déjà nostalgiques de son temps. Le leader du PDS ne faisait que proférer les menaces qui allaient forger la carrure de présidentiable à son fils. En convoquant son parti en congrès d’investiture à quarante-huit heures du verdict de la CREI, il donnait à Karim WADE un statut qui allait définitivement le légitimer. Parallèlement, en « ressuscitant » la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), Macky SALL mettait Karim WADE, jadis honni, dans la peau de la parfaite victime. Grâce à cette cour qui n’existe qu’au Sénégal et dont les procédures sont bannies partout, l’ancien ministre d’Etat enchaîne les victoires sur l’Etat du Sénégal qui est débouté par tous les tribunaux hors de son territoire. En outre, Macky SALL a inauguré son mandat en enfumant les Sénégalais avec la traque aux biens mal acquis. Face à la presse le 8 novembre 2012, le procureur spécial Alioune NDAO avait brandi une liste de 25 personnalités de l’ancien régime, dont Karim WADE, qui avaient de réels comptes à règle avec la Justice sénégalaise. Karim WADE, Oumar SARR, Madické NIANG, Abdoulaye BALDE, Samuel SARR, entre autres, en occupant le devant. La suite est connue. A part Abdoulaye BALDE qui a été petitement bousculé et qui a fini entres les mains de Macky SALL, aucun autre cacique du défunt régime n’est inquiété. L’interdiction de sortie du territoire national a été la poudre qui a empêché à de nombreux observateurs d’y voir clair. Traqués il y a peu de temps par la CREI, quatre des cinq précités ont été candidats à la candidature de la présidentielle de 2019 qui verra la participation de Madické NIANG. Pendant ce temps, socialistes et soi-disant communistes, les adversaires naturels des Libéraux, ont hypothéqué leur formation politique en acceptant les grains que Macky SALL leur jette, tels des pigeons se mettant à dos Khalifa SALL qui aurait pu réclamer l’héritage de SENGHOR.

De tous les présidents qui ont été élus jusque-là, Macky SALL est celui qui aura la gouvernance la plus tranquille. Paradoxalement, lui dont l‘arrivée au pouvoir a coïncidé avec la grande expansion des réseaux sociaux et autres sites internet, tient plus solidement le navire que ses prédécesseurs. Pourtant, ce que Macky SALL a fait et fait, aucun de ses devanciers ne l’a imaginé. « Voilà cinquante ans que je participe au combat politique au Sénégal, et c’est la première fois que l’on fait écarter par la justice des candidats à la présidentielle », a récemment déclaré le professeur Abdoulaye BATHILY dérouté par la facilité avec laquelle Macky SALL martyrise la démocratie sénégalaise.

Au début de son magistère, certains doutaient même que Macky SALL termine son mandat, tellement le leader de l’APR est insipide. En quelques ans, c’est à ce même Macky qu’il est reproché d’agir comme un autocrate faisant et défaisant les carrières politiques sans coup férir. La force de Macky SALL est également à chercher dans la démarche de Me Abdoulaye WADE. Rien dans la posture de l’ancien président de la République n’est réellement défavorable au leader de l’APR. Bien au contraire. Ce dernier a réussi à faire de son fils une victime qui s’est totalement départie de son boubou d’impopularité, lui s’est chargé de tenir le rôle de l’opposant cristallisant tous les mécontentements mais qui ne menace que pour être visible. Invisible au moment du référendum dont il n’a décaissé pratiquement aucun franc pour le triomphe du « NON », Abdoulaye WADE qui a faiblement contesté le parrainage, est, depuis qu’il a été défait, dans le show. Sa marche à la Place de l’indépendance pour réclamer la restitution des cartes d’électeur, son point de presse, qui devait contester les résultats des élections législatives surtout à Touba, bastion politique du PDS, tout cela ne sont que des batailles de posture d’une opposition qu’il a morcelée en promouvant la création de nombreuses structures politiques qui ont fini par impacter négativement son dynamisme. L’Initiative pour des élections démocratiques (IED), Cadre de Concertation de l’Opposition (C2O), Front pour la défense de la République (FPDR), l’Entente des forces de l’opposition (EFOP), Front national de résistance (FNR), Plateforme opérationnelle de sécurisation des élections (Pose)…, toutes ces organisations ont été créées entre 2012 et 2018. La dernière-née, au gré des circonstances du parrainage, dit-on, le C25 est en passe de concrétiser ce que nous disions déjà dans l’ouvrage : Affaire Karim Wade/Macky Sall : la double victimisation gagnante de Me Wade (LA GRANDE ENTENTE), paru en 2016 : « La disqualification du candidat Karim WADE, que le Conseil constitutionnel pourrait bien décider, servirait les intérêts des deux camps. Le président Macky SALL n’aurait pas à affronter le candidat des libéraux qui, mécontents, inciteraient les leaders des autres formations à boycotter le scrutin. Pendant ce temps, les mouvements et/ou partis politiques créés par des responsables issus des flancs du PDS vont, pour certains, grandement aider le leader de l’APR à dépasser la barre des 50% au premier tour ». Le terme est certes évité, mais dire qu’on invalide la candidature de Macky SALL revient à mettre en avant le boycott qui ouvrirait un boulevard aux tenants du pouvoir.

Mame Birame WATHIE

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